L'étrange disparition de la reine du crime

Agatha Christie, le chapitre disparu / Brigitte KERNEL

Flammarion, 2016

 

Durant l'hiver 1926, Agatha Christie a disparu durant un peu plus d'une semaine. Les journaux de l'époque témoignent de l'émoi que suscita cette disparition, en Angleterre surtout mais aussi en Europe et aux Etats-Unis. Toutes les suppositions furent faites : kidnappée, assassinée, suicidée, Agatha Christie était-elle devenue une victime comme dans ses romans ?

Brigitte Kernel s'est immergée dans le personnage pour donner sa version de cette disparition. Elle a même enquêté sur place, dans les pas de la "reine du crime". Elle nous révèle une Agatha Christie très différente de celle que l'on pourrait imaginer au travers de ses romans policiers. Ici, pas de machinations machiavéliques mais, au contraire, un personnage qui se révèle dans toute sa fragilité.


Quand les déclinistes se mettent au roman...

Lettres béninoises / Nicolas BAVEREZ

Albin Michel, 2014


Imaginez le monde dans 30 ans si les travers politiques, économiques et sociaux actuels ne sont pas corrigés….

C’est ce que fait l’auteur, éditorialiste au Point après avoir été, entre autres, auditeur à la Cour des Comptes, en nous proposant ce conte d’anticipation qui donne une vision de ce que pourrait être la France d’après 2040. Sous forme d’échanges épistolaires entre le directeur du FMI, béninois, issus d’une Afrique en plein essor, et ses proches, l’auteur nous dévoile un paysage économique et social particulièrement redoutable et saisissant. Alassane Bono, francophile convaincu, tente une mission de la dernière chance pour sauver la France de l’effondrement. Il est vivement critiqué par son entourage familial et par ses pairs qui tentent de le convaincre que ce pays n’a aucune chance de sortir de l’ornière. Chaque thème abordé : les communautarismes, la frilosité devant les réformes, la dette publique, le système scolaire, etc. est mis en perspective et le lecteur découvre une France écrasée sous les dettes, la complexité administrative et, surtout, sous une couche de déni des dirigeants face à la situation réelle du pays.

Un message fort envoyé non seulement à la classe politique mais à chaque français pour peu qu’il soit un minimum conscient de certains enjeux. Quelques formules chocs sonnent dramatiquement vrai !

Evidemment l'auteur est libéral et considéré comme l'un des chefs de file des "déclinistes", n'empêche, les arguments portent. On les lit une première fois en se disant qu'il tombe dans la caricature puis on se souvient que l'on aurait ri, il y a quelques années, si on nous avait décrit la situation que nous vivons actuellement...



Dernier voyage mythique

Pour seul cortège / Laurent GAUDE

Actes sud, 2012

 

La mort plane sur Alexandre le Grand. Ses compagnons le regardent agoniser, probablement empoisonné, se partageant déjà l'empire en pensée, échafaudant des plans pour s'éliminer les uns les autres. Pour le moment, le souffle ténu d'Alexandre tient encore un empire jeune, reposant sur la seule volonté du conquérant et ses rêves d'unification.

 

Sentant la fin proche, ses compagnons envoient chercher une "diseuse de mort", ce sera Sisygambis, la mère de Darius, roi perse vaincu par Alexandre. Pour convaincre la vieille femme adoptée par le conquérant, il faut aller quérir Dryptéis, la fille de Darius, veuve d'Hephaistion, fidèle compagnon d'Alexandre. Dryptéis connaît déjà les dangers des fins de règne. Elle cache son fils dans un village. Il est le dernier représentant vivant de la lignée des rois de Perse, mêlé au sang de la lignée des vainqueurs macédoniens. Elle craint déjà pour sa soeur, la 2ème compagne d'Alexandre qui porte son héritier. Les prétendants ne lui laisseront aucune chance.

 

C'est une longue quête qui attend Dryptéis. Elle accomplira son devoir dans la dignité, jusqu'au dernier renoncement, étape par étape, douleur après douleur, jusqu'à ce qu'elle ait réussi à donner à Alexandre sa dernière demeure, celle de son souhait.

 

S'inspirant des épopées antiques, Laurent Gaudé fait cohabiter légende et récit, morts et vivants dans un style posé, fluide et poétique. Ce n'est pas un tombeau mythique qu'il offre à Alexandre, c'est l'éternité.



Petit coin des femmes du sud

La couleur des sentiments / Kathryn STOCKETT

(Traduit de l'anglais par Pïerre Girard)

J. Chambon, 2010

 

Elles ont passé la majeure partie de leur existence à faire la cuisine, laver, repasser, dépoussiérer et surtout à élever des dizaines d'enfants. Jamais leurs patrons ne se sont assis à la même table qu'elles, n'ont utilisé les mêmes toilettes, n'ont fréquenté les mêmes écoles, les mêmes églises, les mêmes magasins. Elles, se sont les bonnes noires du Mississipi que beaucoup de petits blancs ont appelé "maman" et ont parfois aimé plus que leur propre mère jusqu'à ce que l'école et leur famille se chargent de leur inculquer les valeurs du "chacun à sa place" et les principes du ségrégationnisme.

 

Plusieurs d'entre elles sont les héroïnes de ce récit inspiré de l'enfance de l'auteur et de nombreuses histoires qu'elle a pu entendre. Poussés par une jeune femme blanche révoltée par les préjugés et par le mouvement pour les droits civiques, elles vont se mettre en danger et raconter leur vie au service des familles blanches et surtout des femmes blanches véhicules de principes dont elles sont elles-mêmes victimes car les arguments du ségrégationnisme transposés au sexisme fixe à la femme sudiste un rôle bien précis dont elle n'a pas à s'écarter.

Toute l'ambivalence des relations blanches/noires, patrons/domestiques se révèle au fur et à mesure que l'on entre dans l'intimité des maisons. Il y a du mépris, parfois de la haine, mais aussi de l'affection et de la solidarité féminine.

Il convient de se garder d'une vision manichéenne du sud et de la justifier par le fossé racial. Transposons le récit dans l'Angleterre d'avant guerre, par exemple, et voyons si les préjugés de classes n'y sont pas un parallèle flagrant des préjugés raciaux.



Impressionnant duo féminin

Purge / Sofi OKSANEN

(Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli)

Stock, 2010

 

Ce roman s'ouvre sur le journal intime d'un homme qui, en 1949, semble ne pas se douter que la guerre est finie. Il a l'air enfermé dans un endroit isolé et une femme lui apporte ses repas.

Le lecteur découvre, au chapître suivant, le face à face de deux femmes dont l'une a trouvé l'autre inconsciente dans la cour de sa ferme. Nous sommes en 1992 quelque part en Estonie. Aliide se méfie de cette jeune femme qui a l'air d'avoir été battue, qui parle estonien avec un drôle d'accent mais à laquelle, peu à peu, par curiosité, elle ne peut s'empêcher de s'attacher. Elle tente de décoder les mensonges de Zara, tout en cachant elle même un passé lourd à porter. Au fur et à mesure que les deux protagonistes s'apprivoisent autour des gestes du quotidien dans cette ferme perdue, Aliide sent que Zara dégouline de peur, cette peur qu'elle même reconnaît pour l'avoir vécue, la peur des femmes victimes.

Oksanen parvient à faire ressentir à son lecteur l'angoisse et la tension de cette situation où les deux protagonistes vont tenter de repousser un danger ensemble. Les deux personnages vont se dévoiler et, par la même occasion, dévoiler un passé où plonge des racines communes.

Certaines scènes sont parfois difficiles mais on comprend pourquoi ce texte fort a reçu autant de récompenses. La comparaison entre la situation des pays baltes, passant d'un envahisseur à un autre et la situation des femmes, défouloirs sexuels quelque soit la guerre, la situation économique ou l'époque, est fort convaincante tant le récit est efficace.



Vague de froid vs Chaleur humaine

Le froid modifie la trajectoire des poissons / Pierre SZALOWSKI

H. d'Ormesson, 2010

 

Une vague de froid peut-elle modifier la destinée d'un groupe de personnes en les incitant à se rapprocher ? C'est le message optimiste que nous délivre P. Szalowski en 218 pages d'un petit roman réjouissant.

Le jeune narrateur apprend, au début du roman, que ses parents se séparent. Ceux-ci tentent maladroitement de banaliser ce qui constitue une tragédie pour le jeune garçon qui, au comble du chagrin, en appelle au ciel ! Celui-ci répond, en tout cas c'est ce que croit notre héros, en envoyant une intense vague de froid dont les conséquences dramatiques vont avoir des effets bénéfiques sur les personnages qui traversent le récit. Le lecteur suivra ainsi les trajectoires d'existence d'un couple gay qui reste transi dans son placard, d'une danseuse "et plus si affinité" qui se morfond dans sa solitude, d'un artiste raté homophobe et antisémite, d'un jeune chercheur dont la vie se réduit à écrire une thèse basée sur des trajectoires de poissons d'aquarium et, enfin, les parents en instance de divorce du petit héros.

Les ficèles sont parfois un peu grosses néanmoins le tout est raconté avec dynamisme et humour et on se laisse prendre à sourire pendant un moment après avoir refermé le livre. A conseiller aux lecteurs qui ont apprécié "Ensemble c'est tout" d'A. Gavalda.

 



Cuba libre !

A la recherche d'Hemingway / Leif DAVIDSEN

(Traduit du danois par Monique Christiansen)

Gaïa éditions, 2010

 

Un professeur d'espagnol danois, John, tente de se remettre de la mort de son épouse en partant sur les traces d'Hemingway dont l'oeuvre le fascine. A Key West, il rencontre un groupe de cubains en exil et parce qu'il ne sait pas qu'il se fait manipuler, il accepte de profiter de son voyage à Cuba pour faire passer des messages.

C'est le point de départ d'une véritable aventure qui va le mener au coeur de l'histoire contemporaine cubaine. Manipulé par des agents de la CIA, poursuivi par la police du régime, le tout dans une ambiance de fin de règne sur des airs de salsa, John va se transformer en héros chasseur de trésors littéraires, sauveur de familles condamnées par un régime moribond mais toujours capable du pire. Le fantôme d'Hemingway est présent, donnant un intérêt supplémentaire à ce roman bien documenté sur la vie de l'écrivain.

 

Un roman intéréssant qui peut poser problème aux lecteurs qui aiment l'action dès les premières pages car l'auteur prend le temps de mettre en place ses personnages, de décrire les ambiances avec, au passage, un hommage à la population cubaine qui vivote misérablement non sans un certain fatalisme.

 

Quelques extraits :

C'est le fait d'être né en un lieu donné du globe qui décide si l'on devra résoudre des problèmes existentiels au sens le plus pur du terme, ou ne faire face qu'à des défis normaux, que tout individu raisonnable peut résoudre dans une société moderne tournée vers le bien-être...

 

La famille de Merete était l'archétype des refoulements profonds de la province, sous son vernis idyllique. Derrière les haies des vastes quartiers de maisons individuelles danoises, toutes sortes de démons guettaient et attendaient pour déchirer des êtres humains malheureux.

 

J'insistais sur le fait que la littérature est supérieure à la politique et que l'idéologie ne doit pas nous empêcher de lire les écrivains de pays appartenant à d'autres régimes. Les grands écrivains, naturellement. L'art ne doit pas se soumettre au monde plus malpropre de la politique.



Sous les balles

Le Violonceliste de Sarajevo / Steven GALLOWAY

J.C. Lattès, 2009

 

Un fait héroïque authentique a inspiré Steven Galloway pour ce roman : un violonceliste est sorti 22 jours de suite, au risque de se faire tuer par les snipers, pour jouer en public en hommage au 22 victimes d'un obus tombé dans sa rue. Autour du personnage du violonceliste, trois habitants de Sarajevo assiégée sont mis en scène dans leur quotidien :

- Dragan, boulanger vieillissant, dont la famille a pu se réfugier en Italie. Il se sait plutôt lâche, pourtant, il va refuser de laisser le corps d'un homme qui vient de se faire abattre par un sniper en plein milieu d'un carrefour.

- Flèche, sniper au service des défenseurs de la ville. Elle ne tire que sur des cibles qu'elle choisit : des soldats uniquement, pas de femmes, pas d'enfants. Les règlements de compte entre les factions armées qui se partagent la ville ne lui laisseront bientôt plus le choix. Elle devra tirer sur les cibles qu'on lui désigne ou être exécutée.

- Kenan, jeune père de famille qui, tous les 5 jours, traverse la ville sous les balles pour ravitailler sa famille en eau potable. Il prend au passage 2 bouteilles pour sa vieille voisine acariâtre.

Nulle considération politique ou historique dans ce roman. Les camps ennemis ne sont même pas cités, pas plus que l'époque comme pour mieux se concentrer sur ce théâtre intemporel d'une tragédie universelle qui se joue sous les yeux du lecteur témoin. Chacun de ces trois personnage met, à un moment ou à un autre, sa vie en balance avec sa conscience ou, du moins, la conscience de ce qu'il ne peut admettre pour ne pas passer au-delà de la limite qui lui fera perdre son dernier lambeau d'humanité...



Se reconstruire...

La Chambre aux échos / Richard POWERS

(Traduit de l'anglais par Jean-Yves Pellegrin)

10/18, 2009

 

"La Chambre aux échos" est un roman d'une remarquable richesse dans les thèmes abordés : troubles mentaux qui altèrent la perception, rapport de l'homme à l'environnement, sens du devoir au sein de la famille. Les personnages sont pris dans un tourbillon de changements brusques causés par un accident qui envoie le jeune Marc Schulter à l'hôpital. Sa soeur Karin se précipite à son chevet mais lorsque Marc sort du coma, il ne la reconnaît pas. Elle décide de faire appel à un célèbre neurologue et le lecteur suivra les trois personnages de ce triangle et leur entourage durant cette difficile période de leur vie. Au fur et à mesure de Marc tente de se reconstruire, ceux qui sont censé l'épauler semblent au bord de la dispersion.

 


Partir...

Le Silence de Cleaver / Tim PARKS

(Traduit de l'anglais par Isabelle Reiharez)

Actes Sud, 2007

 

Partir du jour au lendemain, claquer la porte de sa vie, boucler une valise et prendre un avion sans se retourner...c'est ce que décide de faire le héros de Tim Parks, Harold.

Célèbre journaliste TV, il abandonne, en l'espace d'une journée, famille et carrière pour aller s'enterrer au plus profond de la montagne autrichienne, dégouté par un livre que son fils vient de faire paraître sur sa famille. Le portrait brossé dans le livre est accablant pour Harold qui préfère le silence de sa fuite à une réaction et à une confrontation avec son fils.

Dans son exil, Harold, la star du petit écran, devient simple anonyme, incapable de communiquer correctement à cause de la barrière de la langue et, lui qui ne pouvait se passer de tous les outils de communication à la mode, il se convertit en ermite, pas toujours avec réussite mais souvent avec une bonne dose d'autodérision et d'humour noir. Il tente de se redécouvrir, de se réinventer et de réinventer ses rapports avec les autres, en l'occurrence les habitants hauts en couleur du coin perdu de montagne où il s'est réfugié.

Tout l'intérêt du roman réside dans l'écho qu'il peut trouver en chacun d'entre nous. Qui n'a vraiment jamais rêvé un jour ou l'autre de tout laisser tomber, de planter là métier et famille pour aller entamer une nouvelle existence ? Les ratiocinations du personnages dans son isolement peuvent parfois paraître un peu longues mais ont des accents de vécu qui, là aussi, parlent à chaque lecteur.



Le choc !

Il faut qu'on parle de Kevin / Lionel Shriver

(Traduit de l'anglais par Françoise Cartano)
Belfond, 2006

Ce roman est inspiré par la tuerie du lycée de Columbine aux Etats-Unis et aussi d'autres faits divers du même type.

Eva, la narratrice, est une mère comme beaucoup d'autres, confrontée à l'éducation difficile de son fils, Kevin. Celui-ci semble, depuis sa naissance, posséder des personnalités multiples dont il use en fonction de la personne qu'il a en face de lui. Eva a l'impression d'être la seule à se rendre compte de cette manipulation permanente. Elle ne sait comment réagir alors qu'elle sent la situation se dégrader au fur et à mesure que Kevin grandit...

Un roman "choc" où le malaise grandit de pages en pages pour finir en apothéose terrible. La progression vers l'horreur est parfaitement réussie. En revanche, on peut rester perplexe devant l'explication des actes de Kevin par une sorte de prédestination au mal, comme si le fait de devenir un meurtrier était prévisible voire détectable depuis l'enfance



Black is beautiful !

Effacement / Percival EVERETT

(Traduit de l'anglais par Anne-Laure Tissut)
Actes sud, 2004

Thelonius Ellison, romancier et professeur de littérature à l'Université a un grand problème : il est noir mais n'a rien de ce que les éditeurs et universitaires américains, voire la société dans son entier, attendent d'un homme de couleur !

Il est issu de la bourgeoisie et n'a donc pas passé une enfance misérable dans un ghetto. Il n'a jamais su, même adolescent, prendre l'accent des banlieues. Il n'est pas sportif. Le pire : aucun éditeur ne prend ses romans, très littéraires, au sérieux, les jugeant peu crédibles pour un écrivain noir !

Pour s'amuser et par dépit, Thélonius écrit, sous un pseudonyme, un pastiche de roman du ghetto, décrivant un personnage violent et paumé à souhait. Le roman est considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature afro-américaine. Un grand éditeur lui propose un contrat fabuleux et un producteur de cinéma veut acheter les droits. Thélonious va alors être obligé de se livrer à un jeu dangereux : se faire passer pour son écrivain fictif...

Un voyage ironique et désabusé au coeur du microcosme intellectuel américain.



Hommage à un pilote perdu...

Le Dernier vol de Lancaster / Sylvain ESTIBAL
Actes Sud, 2003.

En 1933, le pilote Bill Lancaster veut battre le record de traversée de l'Afrique en vol et décolle d'Angleterre pour l'Afrique du Sud. Il s'écrase dans le désert du Tanezrouft et commence à attendre les secours en rationnant son eau.

Pour meubler ses longues heures d'attente sous un soleil infernal, il rédige son journal. Les militaires français lancent plusieurs opérations de sauvetage mais en vain, il reste introuvable.

Sa fiancée, pilote elle aussi, décide de partir à sa recherche...

Ce roman est inspiré d'un fait authentique puisque les carnets de Bill Lancaster sont reproduits par l'auteur. On ne peut s'empêcher d'être bouleversé par ce récit magnifique et tragique.



Sujet rare en littérature

Middlesex / Jeffrey EUGENIDES

(Trad. de l'anglais par Marc Cholodenko)
Editions de l'Olivier, 2003

 

Ce roman débute comme une saga familiale. En 1922, Lefty et Desdemona fuient leur petit village grec où ils sont éleveurs de vers à soie. L'invasion turque les chasse et ils trouveront asile aux Etats-Unis.

Ils s'établissent à Detroit, cachant à leurs enfants un lourd secret qui éclatera à la troisième génération sous la forme d'une mutation génétique. Celle-ci va toucher Callie, l'héroïne de la deuxième partie du roman. Cette mutation se présente sous la forme d'un roman initiatique où la jeune fille cherche à comprendre sa différence. Elle va, peu à peu, se rendre compte qu'elle doit assumer une vérité incompréhensible : comment peut-on être, à la fois, homme et femme ?

 

Nul voyeurisme ou vulgarité dans ce roman qui traite d'un sujet délicat avec beaucoup de sensibilité et de pédagogie. L'analyse du processus d'américanisation de cette famille est également fort intéressante.



Suis-je le gardien de mon frère ?

La puissance des vaincus / Wally LAMB

Belfond, 2000.

Thomas, un jeune schizophrène, s'est tranché la main dans une bibliothèque publique pour protester contre la guerre en Irak. Son frère, Dominik, la seule famille qui lui reste avec leur beau père, doit gérer l'internement de Thomas et suivre, lui aussi, une psychothérapie. C'est l'occasion pour lui d'essayer de verbaliser son lourd passé avec ce double qui pèse sur sa vie depuis leur enfance. Il va tenter également de surmonter d'autres événements tragiques de son existence : leur enfance difficile avec leur beau-père, la mort de leur mère et celle de son jeune fils.

L'acte de Thomas va être le déclencheur d'un nécessaire retour sur son passé qui va être riche de révélations.

Un texte qui permet une réflexion sur l'identité, le devoir familial, la maladie mentale. Un sujet difficile, très bien traité.